C’est en présence de Son Excellence l’ambassadeur du Canada, Robert Peck, et du représentant du directeur général de la Radio algérienne, Messaoud Boulatiour et du P/Apw Touhami Boumeslat que le wali de Jijel, Ahmed Maâbed, a officiellement donné le coup d’envoi du séminaire de formation qu’abrite depuis hier le siège flambant neuf de Radio Jijel FM.
Les deux formateurs de Radio Canada International, Hugues Sweeny et Fadhi Harouny (Canadien d’origine libanaise), qui exploreront respectivement au cours de ce stage les techniques de rédaction, la conception et la réalisation radiophonique, sont arrivés à Jijel vendredi dern ier — journée mise à profit pour découvrir la région — en compagnie de la délégation conduite par Son Excellence l’ambassadeur du Canada. Entrant dans le cadre de l’accord de coopération signé en mars dernier entre l’Enrs et Radio Canada International, le projet comporte plusieurs volets relatifs à la formation et à l’échange de programmes. Après l’intervention liminaire du directeur de Radio Jijel, Abdelwaheb Zid, le représentant du Dg de l’Enrs soulignera l’inauguration de la coopération avec le Canada par l’entremise de l’ambassadeur du Canada qui, dira-t-il, est « un ami de l’Algérie et de la radio algérienne ». Il ne manquera pas par ailleurs de louer « la persévérance du wali de Jijel à doter la région d’une radio locale ». Par ailleurs, le wali s’est félicité « de cette initiative louable et généreuse » de l’hôte canadien, lequel entamera son allocution en déclarant en arabe : « Je suis honoré de me retrouver en Algérie et d’être à nouveau à Jijel », région qu’il a eu à visiter en juillet 2005 et où il s’était notamment rendu au siège de la Radio encore en cours de réalisation. Félicitant la wilaya et la radio algérienne pour l’ouverture de cette station, M. Peck considérera que « cette radio locale sera une plaque tournante pour toute la wilaya et l’outil de communication interactif entre les citoyens et les autorités. » Cette station, ajoutera-t-il, sera « un projet pilote dans le réseau des radios locales en Algérie ». L’ambassadeur, qui s’est réjoui du travail accompli depuis sa dernière visite ainsi que du niveau technique de l’équipe de Radio Jijel, affirmera que ce dernier « va permettre à Radio Jijel d’assurer un service de grande qualité et d’utiliser de nouvelles technologies de pointe comme l’Internet ». Il ne manquera pas par ailleurs de souligner sa fierté que « Radio Canada va accompagner Radio Jijel dès le début » ajoutant que « cette formation sera suivie par d’autres interventions. » A la fin, il lancera « un grand merci au wali de Jijel, un homme d’action et de vision pour qui l’ouverture de cette radio est une source, de beaucoup de satisfactions ». En gestation depuis plus d’une dizaine d’années, le train semble cette fois-ci bien posé sur les rails. Les ondes de Radio Jijel devraient inonder la région dans quelques semaines. Fodil S.
“A l’époque, je ne connaissais qu’un seul Kabyle à Ottawa et je devais faire vite pour ne pas rater la rentrée. Le téléphone ainsi que le bouche à oreille fonctionna si bien que le 27 novembre 2000, la communauté berbère de la région de la capitale Ottawa, tient sa première réunion. Le projet enchanta nos compatriotes qui promirent, par solidarité, d’envoyer leurs enfants s’inscrire et suivre les cours, car il fallait au moins 25 élèves pour ouvrir une classe. Ce qui fut fait et le premier cours fut donné par Arab Sekhi le 9 décembre 2000”.
Profitant de la réunion, les Kabyles présents décident alors de créer une association : l’Association culturelle amazighe d’Ottawa Hull (ACAOH). Celle-ci vit alors le jour avec Moumouh Ould Chikh comme président. Si l’enseignement de tamazight a été l’élément de rassemblement, le besoin de se réunir et de se retrouver s’en était fait sentir aussi. Parmi les objectifs assignés à l’association, nous retrouverons ces fréquentes rencontres entre nos compatriotes et leurs enfants. Les activités culturelles occupent, par ailleurs, une place de choix au sein de l’association. C’est à l’ACOAH que revient le rôle de défendre et soutenir le programme de Tamazight. L’enseignement de leur langue maternelle leur tient tellement à cœur que même en vacances au pays, ses membres restent actifs comme c’est le cas, cet été. Pour faciliter la tâche à leur responsable, chaque membre de l’association est chargé d’acheminer un carton de livres, en tamazight, vers le Canada. Le programme enseigné aux enfants du Canada est le même que celui que nous retrouvons dans nos écoles, en Algérie. Notons que toutes les ressources pédagogiques (livres et autres) utilisés dans le cadre de ce projet, sont pris en charge par le gouvernement canadien. Il suffit au président de présenter ses factures d’achat de manuels destinés à l’enseignement ou aux bibliothèques pour se faire rembourser. C’est dire que le Canada assume bien son rôle de premier pays au monde à reconnaître tamazight comme langue internationale. Il est aussi l’unique pays où tamazight est prise en charge par le gouvernement. D’ailleurs, sur les trente modules exigés pour accéder à l’université, l’étudiant peut en présenter deux de tamazight, au même titre que ceux des autres langues.
Actuellement, deux classes de 45 élèves, dans le primaire et une autre dans le secondaire, dispensent des cours de tamazight assurés par trois enseignants et trois suppléants, à raison de trois heures chaque samedi. Il faut rendre hommage à ces enfants qui sacrifient leur samedi, jour de repos, pour suivre les cours de tamazight. Cela ne va pas, non plus, sans perturber l’emploi du temps de leurs parents, obligés de les conduire à l’école tous les samedis, de septembre à juin. Il faut reconnaître que nos compatriotes de là-bas ont inculqué à leur progéniture les valeurs et la culture de leur pays d’origine.
Les adultes désireux de s’instruire sont aussi bien accueillis que les jeunes. L’exemple de Na Zahra que nous avons vu sur BRTV est édifiant. Accompagnatrice d’un enfant, la première année, elle a réussi à lire et à écrire l’année suivante, alors qu’elle était illettrée auparavant. A 60 ans, il faut le faire ! Une exemple à méditer. Nacer Benzekri
“Depuis Si Moh U M’hand, jamais la Kabylie n’a enfanté un homme de la trempe d’Aït Menguellet”, aurait déclaré de son vivant le regretté Matoub Lounès. Il est vrai que de tous les artistes contemporains, il est difficile de trouver un qui sera égal à Aït Menguellet. Cela, évidemment, sans sombrer dans cette triste logique de sélection, car comme disait feu Matoub Lounès dans l’une de ses chansons, “chacun de nous a apporté un plus à notre culture, il n’y a personne qui est au-dessus de l’autre”.
Mais aussi, on dit qu’il est parfois facile de percer et d’atteindre la cime du succès. Ce qui est difficile, c’est de se maintenir dans le succès et de ne pas rechuter vers le bas.
Dans la majorité des cas, la source d’inspiration de l’artiste reste la misère et les maux qui le cernent, ou bien des douleurs, déceptions d’amour, le plus souvent qui le font parler et chanter de la manière la plus franche. Mais dès que la période est surpassée et que le succès procure confort et renommée, l’artiste, dans ses œuvres, replonge dans le recul et la médiocrité. Mais chez Aït Menguellet, cette règle ne s’est jamais appliquée. Il est un poète chanteur qui ne cesse de se perfectionner et de “s’actualiser” aux évolutions du temps. A travers près de 30 ans de production artistique, Aït Menguellet maintient toujours la barre haute. Cela, ce n’est pas en jouant le jeu et en faisant tout pour se maintenir, comme c’est le cas de la nouvelle politique de “star”. L’artiste s’impose sans qu’il ne le cherche, et sans fournir d’efforts dans ce sens. Aït Menguellet, pour ainsi dire, dépasse le statut d’artiste. Il est comparable à un philosophe, à un sociologue, à un savant issu de la société profonde. Il est doué de la force du verbe et d’un esprit lucide et visionnaire hors pair. Il est là, dans cette même société qu’il n’a d’ailleurs jamais reniée. Il ressent toujours ce que ressentent ses semblables, malgré que son niveau de vie n’est plus le même. En plus de la poésie, le poète chanteur a su, malgré un savoir limité sur ce plan, faire naître et entretenir un style de musique purement kabyle.
Les succès d’Aït Menguellet, on les retrouve presque dans chaque nouvelle œuvre. Mais celle qui attire plus l’attention, reste le dernier album, “Yenna-d Umghar” (le sage a dit). Au moment où l’on redoute que l’artiste soit noyé par l’évolution, voilà qu’à la grande surprise, il a rejailli en présentant un produit qui se conjugue parfaitement avec le temps présent, sur le plan artistique et avec tous les temps dans le fond de la poésie. Dans “Yenna-d Umghar”, certainement grâce à son fils Djaffar et à toute l’équipe artistique qui l’entoure, le poète a su introduire une musique classique et universelle mais aussi des textes qui ne sont pas seulement destinés à la communauté kabyle, mais à toute l’humanité. C’est l’universalité dans l’œuvre. En introduisant à la fois le luth et les arpèges, particulièrement dans les chansons “Ini day amghar” et “Yenna-d Umghar”, Lounis a su attribuer une âme et une base qui se conjuguent parfaitement avec le sujet et les textes choisis.
“Pourquoi la vie est-elle devenue si sauvage
La justesse est battue par l’erreur
Où se situe la limite du malheur
Lorsque des hommes sont tués par leurs semblables ?
Même le ciel a changé
Ceux qui s’en souviennent l’ont bien dit
Ô sage ! Nous t’interrogeons
Au sujet de tout ce qui est en train de prendre forme”
C’est en ces termes que Lounis amorce la chanson “Inid-ay amghar”. A travers cette chanson, tel un homme en panne d’imagination, il remet en cause tout d’un coup les actions de l’homme dans sa mission de vie sur terre. C’est comme si l’artiste, en interrogeant. “Amghar”, il cherche des réponses à ses questions. Les questions d’Aït Menguellet au “Amghar” ont trait à la vie du pauvre qui ne trouve point d’aide, à la violence entre les hommes et les peuples, à la justice qui n’a jamais été respectée par ceux qui nous gouvernent. A l’égard que témoigne un naïf envers ceux qui le manipulent. A l’amour tourmenté et oublié sous l’effet des contrariétés de la vie.
Evidemment, le poète joue à la fois le rôle du questionnaire et du sage qui offre tout un élément de réponse, pleine de philosophie, réelle et bouleversante.
“Le sage quand nous l’avons interrogé
Nous a répondu que tout ce qui se déroule
A présent, a bien eu lieu avant sous une autre forme
Ça été pareil depuis la nuit du temps
En somme, à travers son génie, c’est toute une psychanalyse de l’homme et de son instinct de domination et d’inclination à faire le mal qui est mis à nu par l’artiste. Evidemment, à travers la réalité de la vie de l’homme, c’est toute celle des sociétés et de l’humanité en général qui est remise en cause à travers ces deux formidables chansons chantées avec enchaînement et perfection.
Les autres chansons de l’album ne souffrent pas de manque de qualité évidemment. Dans “Asendu n-waman”, l’artiste dénonce sans mépris mais sans concession aussi, la politique politicienne prônée par certains acteurs. La ruse machiavélique, la triste lutte d’intérêt et de leadership qui caractérise ces mêmes milieux a été dénoncée. Dans cette chanson, “Wi vghen a t segem i segem imanis” ou “la probité commence par soi-même” est devenu un proverbe qui résume tout et qu’on ne cesse d’entonner dans la rue. Dans les deux premières chansons, un vibrant hommage est rendu à tous les poètes, les savants et les illuminés de la société qui ont été décrits par l’artiste comme des éclats de lumière qui illuminent notre vie et des grands parmi nous, mais combien humbles devant le créateur. Bien sûr, il est difficile de décrire à travers ces quelques lignes la portée du dernier album d’AÏt Menguellet. Il reste un franc succès qui a surpris plus d’un. Il est une confirmation de plus que l’artiste est un grand poète, un illuminé et un sage issu de la société profonde. Il est un pilier qui ne cesse de se confirmer, qui nous promet d’autres succès sans discontinuité et ce, grâce à son don, à son génie et à son souffle qui ne cesse de se renouveler.
Mourad Hammami




















