A Kherrata, le déclenchement de l’insurrection prit forme le mardi 8 mai 1945, traditionnellement jour du marché, où les voix s’exprimèrent à travers une manifestation pacifique et symbolique des élèves de la medersa de la ville, soutenue par un militant de la cause algérienne, membre du comité directeur des medersas de Kherrata et ses localités environnantes, le martyr Hanouz Mohamed Arab.
Soixante-et-un ans après les massacres du 8 Mai 1945, la mémoire reste le meilleur témoin de cette épopée historique, un moment d’espoir et de méditation dans la marche d’une nation ayant refusé et continue de refuser toute forme de répression et de domination.
Et si nous commémorons aujourd’hui avec fierté l’anniversaire des horreurs du génocide du 8 Mai 1945, qui ont été un important tournant dans le combat d’un peuple ayant créé le miracle, nous commémorons en même temps, la mémoire d’un peuple qui refuse l’injustice, sacralise la liberté.
Pour ces raisons, il a sacrifié les meilleurs de ses enfants, la liste des martyrs pour la reconquête de la liberté et l’indépendance est longue et les 45 000 chahids n’étaient que le prélude d’une grande guerre qui s’est manifestée par le courageux sursaut du peuple algérien.
C’était la grande épopée qui s’est concrétisée à l’aube du 1er Novembre 1954.
Le soulèvement du 8 mai 1945 a une dimension à la fois nationale, en tant que résultante de l’action continue du Mouvement national algérien, et international par l’ampleur du génocide perpétré par l’armée française ce jour du 8 Mai 1945 contre les populations civiles de nombreuses régions du pays, notamment à Kherrata, Sétif, Guelma et Saïda qui s’est traduit par des crimes contre l’humanité.
A Kherrata, le déclenchement de l’insurrection prit forme le mardi 8 mai 1945, traditionnellement jour du marché, où les voix s’exprimèrent à travers une manifestation pacifique et symbolique des élèves de la medersa de la ville, soutenue par un militant de la cause algérienne, membre du comité directeur des medersas de Kherrata et ses localités environnantes, le martyr Hanouz Mohamed Arab.
D’autre part, des élèves des écoles françaises scandaient des chants en hommage à la grandeur de la France et son empire colonial.
Appuyant ces derniers, l’administrateur français présent ce jour-là à Kherrata prit la parole s’adressant à ces jeunes élèves et aux colons pour transmettre un message qui consistait à mettre en exergue la signification de la victoire de la France et de ses alliés sur le nazisme, mais en réalité l’enjeu pour lui tendait à mobiliser et à sensibiliser la communauté française pour sauvegarder les intérêts de la France, menacés par l’action du Mouvement national algérien et d’assurer son autorité sur la terre algérienne.
Il déclare, en substance, que la victoire acquise après la deuxième Guerre mondiale ne constituait qu’une première étape limitée dans l’entreprise menée par la France la plus importante demeure, selon lui, celle décisive qui aura pour but le maintien de la colonie française en Algérie.
C’est le déclenchement des manifestations des populations de Kherrata en ce 8 mai 1945.
La guerre est déclarée aux douars et villages à Kherrata, des ordres sont donnés par les forces coloniales de tirer sur les Algériens, sans distinction d’âges ni de sexes, de brûler les douars, la légion étrangère a attaqué plusieurs localités de la région et la section d’artillerie a effectué des tirs de jour comme de nuit à Kherrata et ses environs ; zones signalées les plus dangereuses par l’armée coloniale.
Le long des routes, à travers les sentiers dans les champs, dans les rivières et ravins, ce n’était partout que des cadavres aux blessures béantes où s’engouffraient les gueules affamées des charognards.
L’histoire retiendra les chiffres énormes de 45 000 morts et plus de 600 arrestations. Ceci, pour avoir revendiqué pacifiquement le droit le plus inaliénable, le droit à la liberté, à l’instar de tous les peuples du monde qui ont apporté leur précieux concours à l’écrasement des forces hitlériennes.
Mais, les ardeurs défenseurs de la politique coloniale de l’occupant n’entendaient pas lâcher prise sur l’Algérie et affolés par la démonstration de force du peuple algérien en cette journée du 8 mai 1945 et les journées qui ont suivi donnèrent l’ordre de l’écraser dans le sang, le signal des massacres collectifs à Kherrata est donné par les autorités françaises où les forces coloniales mitraillèrent les foules, et les légionnaires exécutèrent et précipitèrent des Algériens au fond du ravin dans les gorges du Chabet El Akhra.
Des heures durant, des pelotons d’exécution fusillèrent par groupes des centaines de personnes raflées quelques instants auparavant par l’armée coloniale et la milice. C’était une véritable chasse à l’homme, à l’Algérien.
L’administration coloniale bien qu’elle n’ignorait par le caractère pacifique des manifestations qui ont eu lieu à Kerrata, n’en a pas moins continué à mettre à mort d’autres Algériens qui tombaient sous la main des milices et de la soldatesque coloniale.
Il fallait “étouffer” chez le peuple algérien toute velléité indépendantiste ou sentiment nationaliste.
Mais, c’était la grande erreur, le génocide du 8 Mai 1945, malgré son atrocité, n’a fait que conforter les positions des milieux nationalistes qui ont opté définitivement pour la violence révolutionnaire contre l’occupant, seul moyen d’arracher l’indépendance.
En cette journée, l’administrateur principal devait venir de Aïn El Kebira vers Kherrata. Arrivé à une trentaine de kilomètres de la ville, sur la Route nationale n°9, un groupe de patriotes armés se présentait devant la voiture et bloquait la route, après un échange de propos, il fut abattu de quelques balles.
La nouvelle de l’assassinat fut aussitôt apprise par la population de la ville de Kherrata par les voyageurs d’un car qui devait arriver dans l’après-midi et qui fut contraint de s’arrêter sur les lieux de l’attentat.
L’information s’est vite répandue dans les douars. C’est ainsi que les populations des localités environnantes se préparèrent à encercler la ville de Kherrata avant le lever du jour. Mais durant la même nuit, les colons n’ont pas dormi eux aussi, se mobilisant à faire face à des attaques éventuelles en aménageant en forteresse le château situé à la sortie sud de Kherrata, la villa “Dussaux” et le siège de la gendarmerie, à l’intérieur desquelles s’étaient réfugiées les populations européennes.
A l’aube de cette journée du 8 mai 1945, des centaines d’Algériens avaient encerclé le centre de la ville. Des groupes de choc ont été constitués pour des missions différentes, récupération de carburants, incendies des immeubles officiels de l’occupant et autres résidences des colons.
Enfin, un autre groupe devait contacter la population de la localité de “Riff” dans la commune limitrophe de Taskriout, pour bloquer la circulation sur la Route nationale n°9, à l’aide de troncs d’arbres, à hauteur du lieudit “Lanser-Azegza”, pour obstruer tout passage de véhicules militaires qui seraient appelés en renfort. Entretemps, des opérations menées par les Algériens ont commencé, c’est ainsi que le tribunal de Kherrata a été incendié pour récupérer des armes qui y étaient déposées par les autorités françaises.
Le premier coup a été tiré sur le boulanger “Crammand”, qui fut abattu devant son local commercial, puis ce fut au tour du juge de paix et du postier.
Devant l’ampleur de ces évènements, les autorités françaises font appel à leur arsenal de guerre dépêché de Sétif. Dès son apparition à l’entrée de la ville de Kherrata, il ouvrit le feu sur tout Algérien en vue, sans distinction d’âge ni de sexe, avant d’incendier les douars environnants.
Dans les centres de la colonisation et douars, la nouvelle des heurts provoqua des incidents plus graves, les informations se propageaient très vite, des gens qui revenaient ou fuyaient de la ville apprirent aux populations environnantes ces affrontements.
Des nouvelles incontrôlables circulaient dans toute la région.
“Venger les frères, répondre aux appels du Djihad”, conquérir l’indépendance”, tels étaient les mots d’ordre des populations de Kherrata.
Ces incidents ont été interprétés comme un soulèvement populaire et de guerre à livrer contre les forces coloniales.
Devant ces manifestations, des milliers de citoyens et de citoyennes ont été tués par l’armée coloniale, qui tirait sur les foules sans épargner les femmes, enfants et vieillards.
La section d’artillerie a pour sa part effectué des tirs de jour comme de nuit dans les localités signalées les plus dangereuses.
Durant toute la journée, des opérations d’extermination ont été entreprises faisant des milliers de victimes parmi la population algérienne.
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Il y a eu également l’aviation qui a opéré des raids incendiant plusieurs douars, ainsi que la légion étrangère, qui pour symboliser ses atrocités commises au sein des populations algériennes, a gravé sur la façade d’un rocher dans les gorges du Chabet-El-Akhra, son forfait durant les évènements tragiques du 8 Mai 1945, par sa participation à ces massacres collectifs.
Kherrata fut le théâtre d’un véritable génocide par les forces de l’occupant, elle garde encore les traces de ce qui fut il y a 61 ans, la réaction du colonialisation face à une population, sans armes, qui a été sauvagement réprimée pour avoir réclamé pacifiquement le droit à la liberté, à la dignité.
Les forces armées étaient insuffisantes pour faire face à ce mouvement insurrectionnel, les colons pris de panique organisèrent des milices et entreprirent la chasse à l’Algérien.
Ainsi, tous les colons quelles que soient leurs tendances politiques, se regroupaient face au “danger algérien”.
La milice se vit confier la garde des points stratégiques de la ville de Kherrata et l’organisation de patrouilles, elle participa également aux côtés de la gendarmerie, aux opérations de dégagement des centres assiégés par les manifestants. Mais la milice ne se limita pas à ces activités répressives seulement, elle se livra, en outre, à des représailles contre la population algérienne et à l’exécution sommaire des suspects.
Dans les rues, dans les douars, le long de la Route nationale n°9, dans les gorges de Chabet-El-Akhra, au fond du ravin, partout gisaient les corps de victimes exécutées.
Des prisonniers furent déplacés et fusillés à hauteur du Grand pont dans les gorges, parmi les victimes figure l’une des personnalités les plus influentes du Mouvement Nationaliste Algérien, il s’agit de Hanouz Mohamed Arab, tué avec ses deux fils et précipités au fond du ravin.
Parallèlement à cette vague d’extermination collective, les dispositifs policiers et administratifs se mettent en branle, les fichiers sont passés au crible, d’autres militants réputés dangereux pour le système colonial sont aussitôt arrêtés.
Les interrogatoires rappellent les pratiques d’un certain corps spécialisé du nazisme, “la Gestapo”, les autorités répressives exigent des aveux, pour cela, les méthodes sont empruntées à l’ennemi d’hier, ce sont les mêmes qui sont utilisées dans les sinistres locaux de cette organisation, durant la seconde Guerre mondiale.
L’appareil judiciaire a été aussi déclenché, de lourdes peines ont été infligées aux militants du Mouvement Nationaliste Algérien, faits prisonniers et accusés d’être les instigateurs de l’insurrection, les tribunaux ont prononcé des peines capitales, des réclusions perpétuelles, des travaux forcés, des interdictions de séjour et de confiscation de biens.
Les tueries en masse furent suivies d’un appel lancé par les autorités françaises pour tenter de rassembler les réfugiés, leur garantissant la vie sauve.
Extenuées, meurtries, les populations se rendirent en ville où elles seront parquées dans les centres de concentration aménagés à cet effet, à proximité de l’Oued Agrioune, de l’actuel stade communal, et aux abords de l’ancien pont à l’entrée de la ville de Kherrata, où des triages ont été effectués pour identifier les patriotes suspects.
C’est ainsi que de nombreux Algériens ont été soit fusillés sur place, tels les cousins Bessouh et autres, soit déplacés au siège de la gendarmerie et à la cité “Ouzna” où ils furent torturés à mort, tel le cas de la famille Allik.
Les tortionnaires pratiquèrent sur leurs prisonniers les méthodes les plus barbares, le reste de la population demeurera dans les centres de concentration des jours durant, dont des femmes enceintes qui accouchèrent sur place, plus vulnérables encore, les vieillards et enfants en bas âge, finiront par trouver la mort.
Les autres patriotes identifiés ont été dirigés vers les différentes prisons d’Algérie tels Bekhouche Lahcène, Amrane Messaoud, Ramli Rabah, Mayouche Kaci, Moussous Ali et Kheloufi Mohamed, contre lesquels des condamnations à mort ont été prononcées.
Ensuite, la population a été contrainte de se rendre à la localité de Melbou, située à une trentaine de kilomètres de la ville de Kherrata, sous l’escorte des soldats, ce long et pénible trajet le long de la Route nationale n°9 par les gorges de Chabet-El-Akhra a duré plusieurs heures, l’épuisement, la faim, les blessures, la soif et les sévices subis tout au long de cette marche a augmenté le nombre de victimes, certains prisonniers étaient “achevés” par l’armée coloniale.
Arrivée à la plage de Melbou, lieu de regroupement, la population a été cernée de toute part, des bâtiments de guerre accostés le long de la côté, l’aviation qui survolait la masse humaine, procédèrent à des manœuvres d’intimidations et de menaces, afin de permettre aux officiers de l’armée coloniale d’obtenir des aveux, l’indication des lieux d’asile des responsables du Mouvement Nationaliste Algérien, remises des armes de guerre et de chasse, avec prononciations de châtiments exemplaires et immédiats des “rebelles” et de quiconque abriterait quelqu’un de la famille.
Quelques instants plus tard, arriva un général des forces armées, accompagné de plusieurs autres officiers, il prononça un discours et s’adressa à la foule, en déclarant en substance : “Regardez bien nos bâtiments de guerre, nos canons, nos avions, nos troupes, la France est une grande nation et ne peut être combattue par n’importe quel autre pays et vous, trompés par certains agitateurs, vous voulez chasser la France de l’Algérie à l’aide de vos quelques fusils de chasse, vos haches, vos faucilles, les agitateurs et meneurs de cette insurrection seront identifiés et traduits devant les tribunaux militaires et fortement châtiés”.
Après cette démonstration de force, qui a duré toute la journée, et soumise à toutes formes de sévices, la population de retour de Melbou, meurtrie, exténuée par la fatigue, la faim et la marche forcée, a subi tout le long du trajet les assauts de milice, causant beaucoup de victimes et de blessures.
En ce mois de mai 1945, durant lequel le monde occidental fête la victoire sur le nazisme, c’est la fin d’une guerre qui a coûté à l’humanité plusieurs millions de victimes, l’Algérie qui a donné des contingents de ses fils au front antifasciste, pour faire triompher l’idéal de la liberté, de la paix et de justice, pleure aujourd’hui ses 45 000 morts, durant les évènements sanglants et perpétrés par les forces coloniales à Kherrata.
Et dire aussi que ces Algériens qui se sont battus, faits prisonniers et torturés, à leur retour des champs de bataille aux frontières franco-allemandes, viennent à peine arrivés dans leur pays, découvrir des paysages pétrifiés, des douars brûlés, des biens détruits, et apprennent que les populations de Kherrata et ses localités environnantes sont amputées d’une grande masse de jeunes, femmes, enfants et vieillards.
Face à ce régime impitoyable, le peuple algérien se résoudra à se préparer à la lutte armée.
Les massacres, le lynchage, la confiscation des biens, les tortures, les procès, les emprisonnements en série, les condamnations à mort, toutes ces atrocités vécues par le peuple algérien constituèrent les leçons de l’avenir.
Seul donc, un mouvement organisé sur la trace de l’unité nationale homogène était capable de libérer les masses du sang colonial.
Le 1er Novembre 1945 était capable de libérer les masses du sang colonial.
Le 1er Novembre 1954 était une résultante logique d’une résistance ininterrompue, riche en expériences et marquée par de grands sacrifices que nous n’avons pas le droit d’effacer de nos mémoires.
Et si, soixante-et-un ans après l’insurrection du 8 Mai 1945, nous continuons à commémorer cet anniversaire qui a marqué l’histoire de notre pays, ce n’est point par simple respect d’une tradition seulement, quand bien même, celle-ci est significative de notre attachement à notre passé historique et d’en rappeler les grands moments, mais surtout parce que nous avons besoin aujourd’hui de cultiver et de renforcer davantage cette solidarité, cette rigueur, ce patriotisme et ce sens du sacrifice qui forcèrent l’administration des nations. S. Z.
Le printemps noir :
Origines et conséquences
Par Ferhat MEHENNI
Les événements sanglants de Kabylie qui avaient débuté en avril 2001 sont ce que désormais l’on appelle communément le « printemps noir » dont la durée a été de trois (03) ans. Déclenchés par l’assassinat d’un lycéen, le 18 avril 2001, dans l’enceinte de la brigade de gendarmerie de Beni-Douala, localité située à 18 km au sud-est de Tizi-Ouzou, on peut en dater symboliquement l’extinction à l’élection présidentielle du 08/04/04. Leurs origines sont à chercher autant dans la nature des relations opposant la Kabylie à tout pouvoir central qui cherche à la réduire et à la dépersonnaliser que dans une manipulation orchestrée par un clan au sommet de l’Etat algérien. En effet, ni les Turcs (du 16e au 19e siècle) qui avaient réussi à construire quelques fortins sur son territoire, ni les Français (de 1830 à 1962) qui l’avaient écrasée militairement, n’avaient pu obtenir sa soumission définitive. La Kabylie restait toujours fidèle à elle-même et prête à repartir à la reconquête de sa souveraineté à chaque opportunité historique qui s’offrait à ses enfants. Son attitude d’aujourd’hui vis-à-vis du régime algérien ne fait pas exception.
Ayant, depuis 1926, porté et nourri le rêve d’une Algérie indépendante qu’elle a enfin réalisé, en 1962, au prix de plus de sept (07) années de guerre et de centaines de milliers de morts parmi ses enfants, la Kabylie s’est retrouvée de nouveau à sa case départ, face à son propre rejeton, l’Etat algérien. Celui-ci ne la traite guère mieux que ses prédécesseurs dont il s’est avéré n’être qu’un simple prolongement. Elle demeure pour lui une rebelle, un « danger pour l’unité nationale », « l’ennemi intérieur » pointée du doigt à plusieurs reprises et donc, la région toute désignée pour servir de bouc émissaire au règlement de n’importe quelle crise politique « nationale », la région sur laquelle se focalisent tous les regards de la haine massivement canalisés par les médias acquis aux thèses du pouvoir contre la différence kabyle. Cette défiance mutuelle s’est traduite par une multitude de faits qui en jalonnent leur parcours commun : une guerre, menée de 1963 à 1965, qui s’est terminée en faveur du régime fraîchement installé par la force des baïonnettes à Alger. Un bras de fer quasi quotidien entre les deux belligérants s’est poursuivi par le biais de multiples politiques d’arabisation qui se sont soldées par le printemps berbère de 1980, le boycott de l’école durant l’année scolaire 1994-1995 et l’introduction de la langue amazighe à l’école. Ce duel permanent entre le pouvoir oppressif et la Kabylie résistante a fait comprendre à certains cercles dirigeants que celle-ci, de par son extrême sensibilité pour tout ce qui touche à sa personnalité, est aisément manipulable par provocation. Ils parvinrent ainsi à leur fin en juin 1998 lorsqu’ils vinrent à en finir avec la présidence du Général L. Zeroual pour mettre à sa place celle de son actuel successeur. Ils suscitèrent des troubles en Kabylie en combinant un effet d’annonce révoltant pour la région, puisque prévoyant la remise en service d’une loi portant généralisation de l’arabisation, et que le malheureux et éphémère président Boudiaf avait enterrée de son vivant, avec l’assassinat du chanteur populaire kabyle Lounes Matoub.
C’est, en apparence, ce qui semble être une tentative infructueuse de réédition du coup d’état de 1998 qui serait à l’origine du printemps noir 2001.Une lutte entre clans au sommet de l’Etat aurait amené l’un d’entre eux à recourir, une fois de plus, à la provocation de la Kabylie pour se défaire de son adversaire. Sauf que, cette fois-ci, les choses ne se passèrent pas tout à fait comme prévu. Des interventions discrètes mais fermes de puissances étrangères auraient fait capoter le processus de destitution de Bouteflika tandis que la Kabylie était déjà à feu et à sang. Trois ans de troubles et d’agitation permanents y ont eu pour bilan, plus de 120 morts, des milliers de blessés dont des centaines de handicapés à vie. Ils ont eu, aussi, raison de l’hégémonie des partis et du mouvement qui y avaient un solide ancrage (FFS, RCD et MCB), l’économie locale y est ravagée par des grèves incessantes et les repères politiques y sont brouillés à tel point que les partis de l’oppression kabyle que sont le FLN et son clone le RND y ont obtenu des municipalités aux dernières élections tenues le 24 novembre 2005. Le mouvement des Archs que d’aucuns ont appelé « mouvement citoyen » et qui a eu une émergence fulgurante après le premier mois de troubles, avait réalisé son haut fait d’armes le plus significatif le 14 juin 2001 à travers une marche organisée à Alger et qui avait mobilisé près de deux millions de citoyens kabyles. La plate-forme d’El-Kseur, du nom de la localité où elle fut adoptée le 11 juin 2001, était avec ses 15 points de revendication le leitmotiv de la Kabylie pendant toute cette période.
En bout de course, nous pouvons résumer le printemps noir et le mouvement des Archs à quelques faits majeurs dont certains sont positifs et d’autres dévastateurs. Incontestablement, ces événements ont redonné cohésion à la Kabylie en la remettant en première ligne face au pouvoir algérien qui, comme sa nature le lui commande, ne sait user que de répression et/ou de corruption. Les sempiternelles et puériles divisions fratricides entre le FFS et le RCD étaient reléguées à l’âge de pierre. Même si la plate-forme d’El-Kseur était loin d’être la panacée au problème kabyle, elle avait eu le mérite de constituer un casse-tête au pouvoir algérien qui ne pouvait l’accepter sans se faire hara-kiri, notamment avec le point 11 qui ne demandait rien de moins que « le transfert des prérogatives exécutives de l’Etat (…) aux instances démocratiquement élues ». La langue amazighe est inscrite dans la constitution comme « langue nationale » depuis mai 2002,croyant faire barrage par une telle avancée à la revendication d’autonomie régionale apparue le 5 juin 2001. Enfin, ce sont les drames vécus par cette partie du pays dans un silence national et international assourdissant qui ont fait prendre conscience, à une poignée de personnes au début, sur la nécessité d’une autonomie régionale et sur l’existence d’un peuple kabyle que, jusque-là, tout niait.
La conséquence la plus grave du printemps noir, après les vies humaines qu’il a coûtées, est le discrédit du politique dans la région. Une fois les partis mis en marge de la société, le mouvement des Archs en est arrivé à se retourner contre lui-même tel un serpent qui se mord la queue. Les démons de la division y ont pris le dessus, mettant en évidence l’inévitable échec d’une organisation humaine horizontale, c’est-à-dire sans hiérarchie. Ceux qui, en dernier recours, y ont pris la grave décision de conclure un pacte de dupes avec le pouvoir algérien et de brader le sang des martyrs contre des avantages personnels ont humilié la Kabylie qui, dès lors, se sent poignardée dans le dos, trahie par ceux-là même en qui elle avait placé toute sa confiance. Elle se met alors à douter de toutes ses élites. A partir du moment où ses partis, ses personnalités en vue, se sont tous servis au lieu de la servir, comment se pourrait-il qu’il existe une exception ? Epuisée par trente six mois de marches, de grèves, de sit-in, de meetings populaires d’anarchie et de gabegie, la Kabylie est aujourd’hui livrée à l’insécurité, la drogue, la prostitution et le banditisme. Démobilisée, elle a besoin de temps pour reprendre ses esprits et ses forces, pour recommencer à espérer en ses enfants qui lui sont toujours restés fidèles.
C’est ce moment de décrue politique qui est choisi par le pouvoir pour tenter d’y planter de nouveau ses banderilles en y envoyant des contingents d’islamistes salafistes afin de réaliser son vieux rêve de l’arabiser par le biais de l’islam et, du coup, la soustraire aux valeurs universelles qu’il confond avec celles de l’Occident chrétien.
La Kabylie ne baisse pas pour autant la garde. Son combat séculaire pour sa souveraineté ne peut être abandonné par elle, et ce malgré des trahisons de quelques uns de ses leaders conjoncturels. Ce combat est à chaque fois repris tel un chant beau et puissant par un passant qui le transmet à d’autres qui, à leur tour l’amplifient jusqu’à devenir celui d’un groupe, celui d’une foule, celui de tout un peuple : le peuple kabyle ! Celui-ci est désormais en marche pour la réalisation de son destin. qu’il ne peut concevoir, aujourd’hui, en dehors de son autonomie régionale.
Même si le « printemps noir » a déjà des lectures différentes, plus ou moins vraies, plus ou moins erronées, il n’en demeure pas moins un pas dans le sens de la liberté tel que l’avait prédit Mouloud Mammeri dans l’interview accordée avant sa mort à Tahar Djaout. Le monde libertaire occidental et une certaine gauche française y avaient cru voir se concrétiser l’une des plus vieilles utopies socialistes et de démocratie anarchiste. Le FFS, en revanche, ne le perçoit toujours que comme instrument ayant servi à le détrôner de sa position dominante en Kabylie. Le RCD, après s’en être servi comme d’une béquille pendant deux ans et demi, avait fini par dénoncer les animateurs des Archs qui s’opposaient à la candidature de son premier responsable aux présidentielles de 2004.
Pour ce qui nous concerne, ces événements sont en fait une révolution politique. Ils marquent le passage d’une vision d’une Kabylie en soi, diluée dans le nationalisme algérien avec lequel elle s’était jusque-là confondue, vers celle d’une Kabylie pour soi. Le document qui en témoigne le mieux est la plate-forme d’El-Kseur. Ses quinze points de revendications sont pour certains de dimension algérienne, comme l’allocation chômage pour tous les Algériens adultes qui ne travaillent pas, la langue amazighe comme 2e langue nationale et officielle, le point 11 déjà évoqué plus haut, une 2e session du baccalauréat de l’année 2001 pour l’ensemble des candidats même s’il n’y avaient que ceux de Kabylie qui étaient concernés par les troubles du printemps noir, et pour d’autres spécifiquement kabyles, tel le départ des gendarmes du territoire de la Kabylie, le plan d’urgence socioéconomique pour la région. C’est donc, avec le basculement d’un siècle à un autre, d’un millénaire à un autre, qu’il y a eu aussi le basculement de l’Histoire de la Kabylie vers l’Histoire du peuple kabyle qu’aucun pouvoir, ni personne, ne peut plus arrêter. Le printemps noir est un accouchement qui s’est fait, comme de tradition, dans la douleur. Il reste au nouveau-né dans un premier temps à grandir et ensuite à postuler à ses droits légitimes. L’Histoire est désormais de son côté. Paris VIII, le 25/04/06
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Le ciel algérien les intéresse
Les Canadiens dévoilent leurs appétits
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La conclusion d’un accord aérien bilatéral, à la demande d’Ottawa, permet aux compagnies outre-Atlantique, notamment Air Canada, d’ouvrir des dessertes en direction de l’Algérie. La nouvelle a de quoi décevoir la diaspora algérienne au Canada. En même temps, elle recèle des notes d’optimisme, pour les desseins inavoués qu’elle inspire. Explication. Au grand dam de nos compatriotes établis outre-Atlantique, Air Algérie publiait, hier, un placard publicitaire dans les journaux annonçant l’ajournement de l’ouverture de la ligne Alger-Montréal, prévue cet été, précisément en juin. |




















